Les vraoums hhhh

abri et couverts

Le thé fini, c’est au petit matin, dans un train, que l’épopée, la pièce de théâtre, la comédie musicale se dessinent comme un arc en ciel.
Cette pluie solaire annonce un nouveau terrain de jeu : Hase Hure Horde Hydre.
Des histoires se mettent à sortir de nos quatre bouches en forme de donuts ou de bagels ou de tour crénelée ou d’anus ou de nuage.

Chants et instruments dorment dans la pièce à côté.
Et dans ce corps de Vraoums, un peu Hydre, un peu Horde, un peu Hase, un peu Hure, nous opèrons.
Là les yeux fermés, dans notre antre, clos par nos paupières.
Nous élaborons
Nous construisons des images collectives
Nous oralisons la matière
Nous sommes quelque part
qui se définit en étant là
Apparemment il n’y a rien de conséquent autour de nous et pourtant flottent les mirages
Nous fermons les yeux
Nous parlons à travers nos rêves dessinés
Nous sommes habillées par des mots énoncés
La suite s’écrit dans nos bouches, nos corps levés.

Dans une ville qui est une pension, un parc, un bar, une rivière, une maison décorée et quelques rues.
Nous lisons
des femmes
Elles parlent
Animaux, magies, nourritures, sexes, climats, nobels, corps, buissons
Nous racontons
des histoires
Et
Nous plantons nos doigts dans la terre du parc de la cathédrale, de la maison de picassiette, de l’omelette mouillée, nous plantons le décor.

C’est une immense salle de bal, avec du parquet par terre, des lattes qui s’entrecroisent et le plafond est un dôme, une sorte de verrière très haute et circulaire.
Elle est monumentale, les murs sont blanc crème et il y a des ornementations dessus, des colonnes, des motifs de feuillages et d’oiseaux sont représentés un peu comme des bas-reliefs.
Il y a quelques arches à l’intérieur desquelles des peintures représentent des jardins, plutôt luxuriants ou plutôt rocailleux et des paysages avec des montagnes.
Dans cette salle il n’y pas de mobilier, c’est une salle de bal, elle doit pouvoir être libre pour qu’une foule s’y amasse et s’y active ensemble. Il y a des chaises le long des murs, des chaises en velours rouge sombre, elles sont vieilles, anciennes, pas très solides.

Il y a la lumière du jour qui parvient dans cette salle, pour l’instant il n’y a aucune lumière électrique, il y a simplement la lumière du jour et c’est pas très lumineux, c’est un peu bleuté, un peu gris, c’est une atmosphère assez moyenne. À travers la verrière du plafond, on voit simplement le ciel, un ciel gris et uniforme. Et enfin, à certains endroits, dans certaines des arches, il y a aussi des miroirs.

Au faîte du dôme, dans le mitan du dôme, au point le plus haut de la coupole que fait la verrière, une faille libère, goutte à goutte, une matière qui tombe sur le sol et qui ressemble à du ciment. Depuis des mois, on observe donc ce qui pourrait s’appeler une stalagmite, mais qui est un peu plus complexe que ça, parce que le ciment s’accumulant au milieu de la salle de bal, plutôt que de durcir tout de suite, il forme un monticule et de ce monticule, on observe la formation d’êtres, de choses, de demi-animaux, de montagnettes…

Une partie de cette montagne de ciment s’écoule sur une fine bande à travers la pièce, sur le bois. En la suivant, on arrive sur une porte, la fine bande de ciment nous conduit sur des escaliers en bois, le bois craque quand on marche dessus ou quand le temps change, et le bois fait résonner chaque présence. Cette fine bande coule, coule le long des escaliers, une odeur de ciment, d’eau et de bois, se répand dans cet escalier. Cet escalier mène à un bassin peint en bleu et à des montagnettes elles aussi en ciment, un ciment gris. Le haut des montagnettes est entouré de blanc pour certaines, de vert pour d’autres. Il y a quelques arbres plantés auprès de cette mare bleue, de faux arbres en plastique. Sur l’eau, ont été dessinés quelques poissons plats avec un paysage sur leurs flancs. Un des paysages est une faille avec une grotte, un autre est un double soleil et une lune à moitié cachée. Il y a toujours une odeur de ciment et de bois, une odeur chaude et humide, une odeur qui prend tout le cerveau.

Photographies © Maison Picassiette
Illustrations © Virginie Thomas