Les vraoums hhhh

météorologie

Les positions féministes Vraoumesques orientent les protagonistes vers des valeurs féminines positives tout en cherchant à éviter les luttes de pouvoir vulgaires ou les comportements clichés. Il n’est pas aisé de se positionner en dehors du cliché. Complétement en dehors du cliché, ni en réaction, ni en dialogue. Nous avons l’impression que les protagonistes féminins de notre histoire, une héroïne et ses marraines (HHHH, c’est-à-dire Hase, Horde, Hure et Hydre) pour simplifier, doivent alors réinventer leur réaction en dehors de la société que nous connaissons, cette société fortement empreinte par la domination masculine.

À moins que cela ne soit l’inverse et que les Vraoums n’aient décidé de revisiter les clichés féminins ? Journal intime, attitude maternaliste, réactivité, vulnérabilité face au paternalisme, appropriation de l’ambition et lutte de pouvoir, dans un environnement organique, impressionniste, intuitif, un environnement yin, tout y est. Et par accumulation de clichés féminins, peut-être un nouveau monde apparaît-il, brouillé, décalé ?

Bref, il y a la déterritorialisation des compétences, la déterritorialisation des propositions individuelles des participantes Vraoums, à savoir Pauline Curnier Jardin, Maeva Cunci, Aude Lachaise, Virginie Thomas, qui subissent une transformation, ou plutôt une dérive de cerveau en cerveau vers un horizon que nous découvrons ensemble, que nous ne décidons pas et la déterritorialisation de l’univers patriarcal vers un univers matriarcal ou vers un univers cerveau-droit.

Nous travaillons en épisodes, qui ne constituent pas encore un récit et n’en constitueront peut-être jamais un au sens logique ou narratif. Ils sont des escales en terres d’HHHH.
Ils forment la géographie d’un univers. Ils sont comme une trame de fond où une action est attendue.
Le suspens fait partie de notre projet.

Lettres de H au destinataire

Dear friend,
Je vois que tu as apprécié mon entorse épistolaire et en a relevé le twist. Cette fois-ci, je dois te dire que les choses vont être différentes. Si peu de temps après notre rencontre, j’ai continué mes rituels nocturnes toute seule, j’ai eu très vite envie de les partager avec toi, vite, et ceci je t’en fais part.
Mais toi ? Es-tu prêt(e) à cette aventure ? Parfois je me dis que je me raconte des histoires. Enfin, pas des histoires, vraiment, mais un peu. C’est comme si je pouvais te raconter, encore, partager avec toi, encore, sans avoir la même implication de ta part. Bien sûr, nous avons chacun nos rituels et nos besoins, et nos personnalités aussi. Tu es si secrèt(e)… que dois-je dire d’ailleurs ?
J’attends de tes nouvelles très vite.
H.

Dear friend,
J’apprécie que tu n’aies pas pris mes inquiétudes à ton pied et les aies envoyées bouler sur le nuage de terre. Je sais que tes os sont toujours prêts à perdre leurs aspects de cathédrale pour se rapprocher du sang de leur chair.
Quelques questions continuent cependant à me poursuivre, en particulier le long du muret aux abeilles sur lequel je repose mes pieds. Comment expliques-tu que les ciels bas naviguent jusqu’aux pôles sans perdre de leur consistance animale ? Comment expliques-tu que les boîtes dont tu me fais l’ample description se raidissent quand la lune éclate ?
J’aimerais poursuivre mais mes pieds se cassent, je retourne me promener.
H.

Dear friend,
Os et chair, tu m’en parles à nouveau et je réponds à cela, muret et nuage et puis cathédrale et nuit, enfin pied et abeille. Je ne voudrais pas te laisser encore dans cet état que tu me décris, haletant et harmonieux à la fois, mais il me semble que je ne peux rien faire vraiment, à part t’envoyer régulièrement cette liste de mots qui t’apaisent un peu, j’espère, et que tu peux entreposer dans tes jolies boîtes. J’aime à penser, en tout cas que c’est là que je finis.
Écris ou n’écris pas, j’aime aussi les dessins que tu m’envoies.
H.

Dear friend,
J’ai lu ta dernière lettre. J’ai eu la mer entière dans le gosier et le sang presque dans mes yeux faisait virer mon sourire – alors que je te lisais – alors je pleurais. Je chantais mes listes à voix haute, les hurlais vers
le chemin du cimetière où nous allions lorsque tu habitais encore ici, rappelle-toi vite, c’est nécessaire, je te sens devenir autre quand tu m’écris sans voyelle, tu fais l’oiseau mon oiseau, tu migres et moi je m’empierre, je me végète, oh s’il te plaît envoie-moi une boîte, je me fougère, envoie-moi un oeil – celui qui pleure ma peine de te sentir partir.
Ne pars pas.
H.


Dear friend,
Hier, je suis allée visiter les rocks que tu m’as fait envoyer, je rentre tout juste épuisée et radieuse. Je les ai déplacés, j’en ai fait toutes formes. Plus je les déplaçais, plus mon énergie redoublait, je ne sais d’où cela me venait. C’est ainsi que j’ai creusé quelques nuages. Je ne sais comment te remercier pour ces rocks, ils sont encore plus fous que ce que tu me décrivais.
J’ai trouvé cette nuit ces deux mots pour toi, près de la tour de ciment : CRABE – BARBE. Je te laisse en faire bon usage.
PS : Merci pour l’oeil qui louche, la collection s’agrandit
H.

Photographies © Les Vraoums
Illustrations © Virginie Thomas